«En se basant sur la direction des nuages, il est possible que nous puissions « enfin» recevoir les premiers signes du vrai nuage radioactif dans le secteur de Liège ce vendredi dès 7 h du matin approximativement.» Ces quelques lignes, on pouvait les lire hier non pas sur un site officiel mais sur celui de la CICC, pour Cellule civile informative de crises. Soit un groupe de personnes qui écume le web à la recherche de renseignements sur la situation au Japon et qui les rend publics via leur site.

Le fondateur de ce réseau? Samuel Lespes. Nationalité : belge. Âge : 15 ans. Passions : l'informatique et le nucléaire. Et pour l'instant, le jeune Liégeois n'a d'yeux que pour les événements qui se déroulent au Japon. Son équipe est composée de cinq autres personnes; cinq Français. Autour desquelles gravitent un certain nombre de «correspondants» disséminés dans le monde. Au Japon et en Chine par exemple.

Pas de quoi fouetter un chat? Si justement puisque grâce à cette plate-forme, les internautes ont accès à une mine d'informations qui est mise à jour quasiment 24h/24h. «De 9 h du mat jusqu'à 6 h du mat, nous sommes constamment sur le qui-vive en quête de nouvelles, souligne Samuel Lespes. Pour ma part, je me réveille à 8 h et je ne dors que deux heures par nuit.Mon emploi (NDLR : vous lisez bien; à 15 ans, il est informaticien) me permet de travailler à domicile. Du coup, je peux consacrer énormément de temps au site.» Mais pourquoi donc se lancer dans pareille aventure? «Mes collaborateurs et moi, nous nous sommes vite aperçu des incohérences au niveau des informations que le gouvernement japonais, notamment, transmettait à la population. À la différence des médias traditionnels qui doivent couvrir de nombreux sujets, nous nous concentrons sur un seul événement. Ce qui nous permet de canaliser notre énergie. Et quand vous récupérez autant d'infos sur un seul et même sujet, cela vous permet de voir les incohérences et de mieux comprendre ce qui se passe.» Pas question toutefois pour Samuel Lespes de mettre tout et n'impoRte quoi sur son site. Il dit vérifier chaque info avant de la publier. Ses sources? Les médias japonais, la presse internationale, des ONG et instituts indépendants, des agences de sûreté officielles, etc. Le Liégeois effectue même des tests radiologiques - quand on vous disait qu'il était passionné par le nucléaire, ce n'était pas un euphémisme - près du lieu où il habite. Et son verdict est sans appel : «Oui, on nous cache des choses. Même la CRIIRAD (NDLR : Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) dénonce le fait que les États ne dévoilent pas toutes les infos dont ils disposent.» Fait interpellant, son équipe qui dispose notamment d'un compteur Geiger à Rome, aurait relevé un pic de radioactivité de 0,217 mR/h dans la capitale italienne durant la nuit de jeudi à vendredi. «Ce taux est très nocif pour la population. Ce vendredi vers 7 h à Liège par contre, les mesures n'étaient pas inquiétantes. Mais on n'est pas sortis de l'auberge.»

«Rien n'a changé depuis la catastrophe de Tchernobyl»

Le jeune homme, en relayant de telles nouvelles, ne craint-il pas d'effrayer ses concitoyens? «Il y aura toujours des personnes qui vont paniquer au quart de tour. Mais la CICC appelle au calme. D'ailleurs, notre but est de faire de la prévention avant tout. D'expliquer comment se protéger. Et non pas de foutre la merde (sic) pour parler vulgairement. Mais je constate que depuis l'accident à Tchernobyl, rien n'a bougé en matière de prévention.»

+ http://ccic.micropear.com/






"L'incohérence complète"

Roland Desbordes est président de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité), organisme indépendant et réputé pour son expertise nucléaire en France. Il dénonce l’ambiguïté du discours des autorités sur le passage du nuage radioactif.

On nous annonce le passage du nuage radioactif sur l’Europe puis, le moment venu, on nous assure qu’on n’enregistre rien en terme de radioactivité. Les autorités n’alimentent-elles pas ellesmêmes la suspicion et l’inquiétude ?


C’est toute l’ambiguïté de ce qui a été lancé sur ce nuage à travers l’Europe : on annonce sa présence une semaine à l’avance à partir d’une simulation météo de jeudi dernier, donc avec des incertitudes énormes. On annonce donc des événements comme étant certain et en réalité qui sont plein d’incertitudes.

Mais les modèles sont tout de même actualisés ?

Le modèle de départ n’a pas été actualisé. Ainsi, selon ce modèle, le nuage a survolé les États-Unis le week-end dernier. Mais personne n’a rien dit là-bas. Il y a déjà un petit problème… Nous, on a cherché à savoir. Et on a eu des infos selon lesquelles on a trouvé des niveaux de radioactivité dans l’air qui ont été cachés par les autorités américaines.

Et en Europe alors ?

Au vu de ces chiffres américains, on peut dire qu’on est à des niveaux forcément plus bas. On a trouvé des chiffres sur la Finlande, sur l’Allemagne, sur l’Autriche,… où des gens ont trouvé des niveaux très bas, oui, mais pas nuls.

Même s’il s’agit de quantités très faibles, comment expliquer qu’on ne communique pas officiellement à ce sujet ?


C’est une question qu’on se pose. Ainsi, chez nous l’IRSN (NDLR : Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, organisme officiel en France) n’a publié aucun chiffre. Il se contente d’un discours aberrant depuis mercredi qui est de dire : “le nuage est là”. Vous l’avez vu ? “non”. Vous avez des chiffres ? “non”. Mais on affirme que le nuage est là… J’aimerais comprendre. C’est l’incohérence complète. Et c’est ce qui alimente aussi les inquiétudes des gens.

Le nuage est là, mais il y a donc eu aussi des retombées.

Il y a bien eu quelque chose sur l’Europe, oui. Mais ce n’est pas un scoop. Quand vous avez depuis 12 jours des rejets d’une centrale japonaise dans l’atmosphère de la terre, qui est quelque chose de fermé, il est compréhensible qu’on retrouve des traces ici et là. Par contre, on est à des niveaux qui n’ont rien à voir avec Tchernobyl… pour l’instant. Car je ne sais pas ce qu’il en sera la semaine prochaine. Car depuis 8 jours, il en est sorti de Fukushima ! Et, depuis, la météo a beaucoup changé et on n’est pas dans le même scénario qu’au début.

A. W.